La Silicon Valley : entre rêves et désillusions

Après avoir passé quelques semaines à San Francisco au contact de startupers, j’ai souhaité faire une photographie de ce milieu aujourd’hui, entre rêves et désillusions. On parlera ici plus largement de la Silicon Valley. Car, bien que San Francisco ne fasse pas partie – à proprement parler – de la Silicon Valley (zone qui s’étend sur environ 50 km au Sud-Est de San Francisco, entre San Mateo et Fremont et en passant par San José), on peut tout de même de plus en plus être tentés de l’y inclure. La ville accueille en effet des sièges de groupes comme Twitter, Salesforce, Lyft, Uber et Airbnb ; des accélérateurs de start-up à l’image de Y Combinator, Highway 1, The Refiners, pour n’en citer que quelques-uns ; mais aussi de nombreuses jeunes entreprises. Il apparaît d’ailleurs que les start-up sont à présent plus nombreuses à San Francisco et à Oakland (au nord de SF) que dans la Silicon Valley. Pourquoi ? Simplement car ces deux villes apparaissent plus attractives et dynamiques pour les jeunes travailleurs en quête de sorties, restaurants, etc.

La Silicon Valley : « the place to be » pour les personnes dans la tech et les startupers

Robust cloud, lean startup, API, bots… Cela ne vous évoque peut-être rien ou du moins pas très précisément. Pourtant dans la Silicon Valley, pour beaucoup, ces notions sont très claires. Les pubs affichant ces termes envahissent régulièrement les villes et en disent long sur elles. Ici, les affiches pour la série Silicon Valley s’affichent partout en 4×3. Il n’est pas rare de croiser des jeunes en t-shirt avec pour inscription « Keep calm and automate all the things » ou autres messages clairement liés à la tech.

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Plus de doutes, si vous êtes dans l’informatique, le web, la tech, la Silicon Valley est indéniablement une des lieux sur Terre où vous devez être. David Fayon, consultant en transformation digitale et web implanté près de San José, qualifie d’ailleurs la zone d’ « épicentre du numérique dans le monde ».

Un développeur fraîchement débarqué à San Francisco tenait d’ailleurs ce propos fort évocateur « J’ai l’impression d’avoir pris le train pour Poudlard », référence au monde merveilleux et magique d’Harry Potter.

A chaque pied posé dehors, on est amené à rencontrer des ingénieurs informatiques travaillant chez Google, Lyft (concurrent d’Uber), Twitter et Apple. Selon un article du East Bay Times, on trouvait en 2016, dans la baie, plus de 746 000 personnes qui occupaient un poste dans la tech (+4,8 % par rapport à 2015). Une autre source avance le chiffre de 1 adulte / 5.

Pour autant, tous ne sont pas salariés de grandes entreprises. Les start-up ne sont pas en reste. Ici, même votre chauffeur Uber peut être un entrepreneur qui arrondit ses fins de mois et profite de cette activité pour connaître des gens et « pitcher » son projet à qui veut bien lui prêter une oreille attentive. Alors qu’on comptait 9400 start-up en France en 2016, on évoque le nombre de près de 30 000 startups rien que dans la Silicon Valley. Un autre article avançait le chiffre de 14 000 à 19 000 en 2015. Les chiffres varient, mais quoi qu’il en soit, restent impressionnants.

Sans titre 

Mais pourquoi les Etats-Unis – et plus particulièrement la Silicon Valley – attirent-ils autant d’entrepreneurs ?

Aux Etats-Unis, la volonté d’entreprendre est très affirmée et on croit volontiers au potentiel de chacun. Ici, on ne dit pas « Je vais essayer de faire » mais « Je vais faire ». Cela ne vous rappelle-t-il pas de célèbres slogans américains très incisifs tels celui de Barack Obama « Yes we can » ou Nike « Just do it » ?

Aussi, voir grand n’est pas un problème. Comme le dit très justement Catherine Barba, entrepreneuse et business angel française dans le Figaro : « Les Etats-Unis sont une immense bouffée d’oxygène parce que les gens dans le business voient grand. Très grand. «Make the world a better place, change the world»: en France, on te trouve touchant ou passablement ridicule quand tu affirmes vouloir changer le monde avec ton projet. Pas ici. »
Cela se traduit plus largement dans la façon dont communiquent les marques américaines. Je citerai cette fois un passage de l’article « Votre marque à l’américaine ? Think big ! » de l’Express Entreprise : « Quelle mission se donne Wal-Mart, le numéro un mondial de la grande distribution ? Réduire le coût de la vie pour tous et partout. […] Et Google se donne pour mission d’organiser l’information du monde et de la rendre accessible et utile à tous. ». On lit sur le site de Starbucks : « Chaque jour, nous allons travailler avec deux objectifs en tête : partager un café de qualité avec nos amis et participer à rendre le monde un peu meilleur. ». Rien que ça.

La culture américaine est donc définitivement positive et encourageante. Cela joue visiblement un effet bénéfique sur les esprits en réduisant « la peur de l’échec ». Une étude réalisée par Le centre d’analyse stratégique français révèle ainsi que cette peur est moins forte aux USA, avec un taux de 31 %, que dans d’autres pays européens : Royaume-Uni 36 %, France 37 %, Allemagne 42 %. Un état d’esprit qu’on ressent tout particulièrement dans la Silicon Valley.

Autre facteur attirant les start-up : la forte concentration au même endroit d’investisseurs, grands groupes et partenaires potentiels, comme le souligne très justement un journaliste des Echos : « Au nord de Stanford, sur les 2 kilomètres de la Sand Hill Road, se concentre la majorité des poids lourds du capital-risque : Azure Capital Partners, Benchmark Capital, Draper Fisher Jurveston, Highland Capital Partners, Shasta Ventures, Sequoia Capital… Sans compter, dans un rayon de 9 kilomètres, les sièges sociaux de titans de l’économie : Google, Apple, Salesforce, Adobe, eBay… ».

Une étude Indeed complète ce constat : « La Vallée est le siège de près de 40 des 1000 entreprises technologiques faisant partie du classement mondial Fortune, et de milliers de start-up, faisant ainsi de la Californie la maison d’environ 200 entreprises technologiques avec une potentielle IPO (introduction en bourse) en 2017. ».

Cela joue sur la puissance du capital-risque. Selon David Fayon, chaque start-up lève en moyenne au moins 10 fois plus de fonds qu’en France.

Pour autant, la Silicon Valley n’a-t-elle que des bons côtés pour les startupers ?

Alors oui cela fait rêver. Beaucoup veulent inventer la future start-up qui deviendra une « Licorne ». Mais cette arrivée massive de nouveaux ingénieurs et startupers n’a pas que du bon pour la région. A la fin des années 1990 on parlait déjà de « Tech Boom » ou « Bulle Internet », « Bulle technologique » avec pour conséquences un éclatement de la bulle en 2000 et la fermeture de beaucoup d’entreprises nées aux US. Il semblerait que de plus en plus de personnes voient apparaître, depuis le début des années 2010, un second « Tech boom ».

De plus, avec des salaires très élevés chez les ingénieurs informatiques (en moyenne $130 000 / an), la donne a changé pour les villes de la baie et a entraîné une grande augmentation des loyers et du coût de la vie en général. A San Francisco, le prix médian pour une maison est de $837 500, selon une étude de l’entreprise HSH. Ce qui est 3 fois plus élevé qu’au niveau national. Pour louer un appartement avec 2 chambres, il faut compter entre $5000 et $10 000 selon la surface. Lors d’échanges eus avec des personnes vivant dans la vallée, les prix exorbitants reviennent souvent sur la table comme source de mécontentement ou de dépit.

Beaucoup de personnes n’ont plus les moyens de vivre dans la ville et en résulte un grand nombre de sans-abris (plus de 6500 personnes selon un recensement effectué par San Francisco en 2015). Ceux-là côtoient au quotidien les salariés des grandes entreprises de la Vallée. Les personnes originaires du coin mais n’occupant pas de poste dans la tech sont inéluctablement poussées à aller vivre ailleurs, où elles pourront retrouver un niveau de vie convenable.

Les conséquences ? Une certaine homogénéisation de la ville au profil : jeune, plutôt du genre masculin, ingénieur dans la tech, sans enfant, moins de 45 ans.

La situation ne semble plus autant amuser et faire rêver les jeunes techos. D’après une étude menée par Indeed, 38 % des personnes en quête d’un emploi dans la tech à San Francisco ou San José orientent leurs recherches en dehors de ces villes. Le chiffre a augmenté de 41 % depuis 2012.

Toujours selon la même source, « La Silicon Valley et Austin ont toutes les deux des profils similaires, avec beaucoup d’entreprises technologiques. Elles sont dans une compétition féroce pour attirer les talents. Cependant, dans la Silicon Valley, les chercheurs d’emploi, spécialement les plus vieux, ont de plus en plus envie de partir, tandis que les chercheurs d’emploi à Austin s’intéressent de plus en plus aux opportunités locales. »

 

Tout n’est donc pas rose dans la Silicon Valley. Si elle apparaît pleine d’enjeux et de rêves en permettant à tout un chacun de réaliser son projet, de permettre des rencontres incroyables ; elle est amenée à révéler petit à petit sa part d’ombre avec des conséquences telles qu’une gentrification de la zone et une forte augmentation du coût de la vie, rendant cet eldorado pour les startupers et les gens dans la tech, un peu moins enviable.

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