Regard croisé sur l’écosystème des start-up entre la France et les Etats-Unis – avec David Fayon

Bonjour David, peux-tu nous en dire plus sur ton parcours et ton expertise ?

Je suis tombé dans la potion numérique étant petit (premier ordinateur en 1981, premier mél en 1989, première utilisation des réseaux sociaux en 1999). J’ai fait coïncider ma passion de l’informatique avec mes études (Télécom ParisTech, Université Pierre et Marie Curie, IAE de Paris). Après avoir travaillé notamment chez Alcatel et France Télécom, j’ai occupé plusieurs fonctions au sein de La Poste (directeur marketing de ColiPoste, directeur de projets à la direction financière et à la direction du système d’information, responsable prospective et veille pour trouver des relais de croissance) avec toujours l’approche du numérique en transverse. Parallèlement, j’ai toujours effectué une veille active sur le numérique en étant également conférencier et formateur de dirigeants pour les aider à intégrer dans leur stratégie la dimension 2.0. Désormais consultant depuis la Silicon Valley où je réside depuis 2014, je reste à l’affût des nouvelles tendances numériques qui contribuent à changer le monde et les décortique pour aider des entreprises et des organisations françaises dans leur stratégie – tout en menant parallèlement une thèse sur la transformation digitale des banques. J’ai également co-fondé une start-up, PuzlIn, qui rentre en phase 2 avec une nouvelle équipe à qui nous avons passé le relais pour me consacrer à d’autres projets.

Cela fait donc plusieurs années que tu vis dans la Silicon Valley. As-tu remarqué des changements depuis que tu y es ?

Les changements sont ici permanents.

Déjà les start-up sont plus localisées à San Francisco et à Oakland, c’est là que les jeunes préfèrent travailler et il existe des vrais mouvements dans la localisation ou relocalisation des entreprises. En effet, les 22-32 ans préfèrent ces villes où il existe une vraie vie le soir dans le centre-ville contrairement aux villes de la Silicon Valley (Mountain View, Menlo Park, Palo Alto, Los Gatos, San José, etc.) qui sont moins animées. Le paramètre sociologique est important comme attesté chaque année par le Silicon Valley Index dont l’édition 2017 retrace certaines tendances structurantes.

Après à San Francisco même, les transports en commun sont pratiques alors que pour naviguer dans la Silicon Valley qui s’étend sur plus de 50 km, la voiture est nécessaire. Les routes, notamment la 101 et les 280 et 880, sont toujours autant engorgées. Sans compter les nombreux débris et l’état pitoyable des routes avec des morceaux de pneus, des restes de collisions entre véhicules, alors même que la pression fiscale est très forte en Californie. D’ailleurs, un directeur des transports chez Facebook a comme mission d’optimiser le temps de trajet (commute) des collaborateurs avec de nombreuses statistiques et une exploitation du big data à l’appui. C’est très impressionnant. Sinon, les autres changements sont par exemple l’augmentation du prix des loyers qui peuvent être de plus de 10 % pour une maison où les prix sont libres. A Palo Alto Ouest, c’est plus cher que dans le VIIe arrondissement de Paris.

Autre point, il semblerait que la fièvre des levées de fonds soit un peu plus calme depuis quelques mois avec une plus grande diversification des portefeuilles des capital-risqueurs.

Tu parles de la « fièvre des levées de fonds ». Est-il vrai qu’il est plus facile de faire financer sa start-up aux Etats-Unis qu’en France ?

Ce qui est vrai, c’est qu’il existe des personnes qui ont de nombreux fonds disponibles à investir. D’ailleurs aux US, la dynamique familiale n’est pas la même. Certains américains n’ont pas d’enfants et investissent dans des start-up comme si c’étaient leur propre descendance ! Aux Etats-Unis, on passe par les business angels, le capital-risque. On ne cherche pas à trouver des fonds via une multitude d’organismes publics ou parapublics. On apprend vite à pitcher et à vendre sur une idée, un concept, avec la farouche volonté de changer le monde. Les entrepreneurs français ne doivent pas raisonner par rapport aux prêts bancaires… Et ici, l’autre différence est que l’on pense grand et que l’on préfère à la limite dégager des pertes pour grossir et être leader sur un marché dans un secteur naissant pour ensuite monétiser l’audience. Ce fut le cas d’Amazon puis de Facebook.

En quoi la France diffère des Etats-Unis en termes d’entrepreneuriat ? 

La France voit depuis quelques années une génération d’entrepreneurs arriver en plus grand nombre. Il existe un certain souffle en la matière. Mais la différence fondamentale est que le marché français est très étriqué, que le marché européen est hétérogène et contraint réglementairement.

Aux Etats-Unis, c’est jouer directement dans la cour des grands avec un marché uniforme d’un point de vue linguistique de 325 millions de citoyens. C’est là que peuvent se créer des entreprises pouvant peser sur la scène internationale et non des Viadeo, Dailymotion qui restent des champions locaux et qui, à un moment donné, sont dépassés par des acteurs qui ont une visée mondiale ou des Priceminister qui se font racheter.

En outre la French Tech a impulsé une certaine dynamique en matière de com’. Désormais, il convient de passer à l’étape suivante. Des pays comme l’Israël, plus petits en taille, ont compris voici quelques années qu’il était nécessaire de passer par les Etats-Unis et même l’Asie pour exister. Ce n’est pas un hasard si Waze ou Mobileye se sont fait racheter pour des coquettes sommes par Google et Intel. En bref, les Etats-Unis, c’est la première division alors que la France joue en 2e division.

Y a-t-il un certain profil de start-up qui se dégage dans la Silicon Valley ? A quel type de start-up recommanderais-tu de venir aux Etats-Unis ?

En fait les start-up sont partout et dans tous les secteurs d’activité comme je l’aborde dans le chapitre 7 de Made in Silicon Valley. Il n’y a pas de profil type. Les biotech, les edtech (*Educational Technology), les fintech, toute une série de start-up éclosent dans différents domaines. Mais le fait principal est que les capitaux sont là, les cerveaux-d’œuvre aussi sont attirés par des gros salaires des GAFAM (*Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) et des NATU (*Netflix, Airbnb, Tesla et Uber), que je baptise les « 9 fantastiques ». Autour d’eux un écosystème unique dans le monde se crée. Les 9 fantastiques ont tous, à l’exception de Microsoft et d’Amazon, leur siège dans la Silicon Valley ou à San Francisco. Microsoft et Amazon (Lab 126) ont des antennes importantes ici, à Mountain View et à Sunnyvale respectivement car il est crucial d’avoir des antennes de R&D et travailler sur des projets avec les autres acteurs pour les points de jonction entre les projets, les APIs, etc.

Quel est le degré d’interactions entre les start-up et les grands groupes comme les GAFAM par exemple aux Etats-Unis ? Cela débouche-t-il sur beaucoup de partenariats ou de rachats ?

Il est important et les start-up se posent pour beaucoup dès le départ la question du passage à l’échelle (montée en puissance pour devenir un acteur mondial), des interfaces et des interactions avec les GAFAM et toutes les applications incontournables dans leur domaine. Et les GAFAM qui génèrent de grosses marges – à l’exception d’Amazon, et encore, AWS est une vache à lait – ont du cash pour acheter des start-up et gagner en temps de développement avec une coopétition entre innovation en interne et rachats opportunistes. C’est toute une mécanique de guerre impressionnante. La France est à des années lumières de cela. Parmi les autres zones, l’Asie a de nombreux pôles de compétences dans le matériel notamment, et monte en puissance dans le reste, logiciels et données. Les rachats majeurs émanent majoritairement de ces entreprises américaines avec également HP, Intel et quelques autres majors du numérique américain qu’il ne faudrait pas occulter.

On entend beaucoup parler de la Silicon Valley mais y a-t-il d’autres villes aux Etats-Unis qui accueillent un grand nombre de start-up ?

Bien sûr, on distingue la Silicon Alley à New York mais c’est moins dans la tech et plus dans les médias, le luxe, le retail, etc. Boston reste une pépite avec ses universités prestigieuses, avec à côté notamment, le MIT et Harvard. La force de la Silicon Valley réside dans Berkeley et surtout Stanford qui a introduit un modèle disruptif dans l’innovation et la création d’entreprises dès les études. Nous avons d’autres pôles comme celui de Seattle qui fut le fief de Boeing et qui abrite dans la zone les sièges d’Amazon et de Microsoft avec tout un écosystème autour, Boulder au Colorado, Los Angeles pour les médias, Portland, etc.

Tu sors aujourd’hui le livre « Made in Silicon Valley ». Pourrais-tu nous en dire plus sur cet ouvrage ?

Ce fut un gros travail d’investigation, de recherches, de visites et de rencontres avec les acteurs du numérique avec pas moins de 85 interviews. Je le présente ici. Il fallait avoir je crois à la fois le background technique et le recul nécessaire, la curiosité et trouver le temps – ce qui fut un sacré challenge, car plus que partout ailleurs dans le monde ici dans la Valley : time is money. Je me suis également penché sur quels pouvaient être les 10 facteurs clés pour devenir un hub d’innovation et termine avec 30 propositions pour faire de la France la tête de pont du numérique en Europe. A défaut d’être les Etats-Unis, nous pouvons avoir un rôle majeur à jouer dans le cadre de la coopétition mondiale.

MadeInSV_Couverture

Pour suivre l’actualité de David Fayon : @fayonwww.davidfayon.fr

RDV sur Amazon pour acheter le livre Made in Silicon Valley : du numérique en Amérique

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